Olivia Quetier

Ecrivain

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L'auteure

Olivia Quetier écrivain

Née en 1972 dans les Alpes Maritimes, je suis psychologue depuis près de 20 ans, j'ai travaillé onze ans auprès des adolescents. Aujourd'hui psychanalyste et docteur en psychologie, je tente par l'écriture de fictions d'appréhender l'être humain dans toutes ses complexités et ses paradoxes.



Je publie mon premier roman "Tim au coeur d'or" et explore à travers l’écriture et la construction de personnages et de fictions des thèmes en lien à la transmission , aux enjeux familiaux et individuels. 

J'ai suivi une formation à l'écriture à Aleph pendant deux ans. 


Une vie, des mots



Les mots. Ma vie tourne autour des mots. Des mots-passion, des mots-trésors, des mots-tiroirs, des mots intimes, des mots partagés et tant d’autres encore. Petite fille timide, j’étais particulièrement gênée par le silence. Je redoutais de me retrouver à deux et d’être la cause du silence. Lorsque nous étions trois, je n’en portais pas seule la responsabilité. Le silence m’était alors supportable.  A la maison , je vivais dans un brouhaha permanent. Ma mère ne cessait jamais son bavardage. Je crois qu’elle se parlait à elle-même ou peut-être elle aussi faisait-elle taire le silence. 

Ma pudeur et mon malaise en situation langagière m’obligeait à écouter avec une attention soutenue. Je tentais de comprendre comment les autres s’y prenait pour parler tant, sans jamais rien dire finalement de bien important. J’aimais les mots. Alors à défaut de parler, j’écrivais. Pour mes six ans, mon père m’offrit une magnifique et rutilante machine à écrire. Elle était d’un jaune perçant. Je l’aimais tout de suite. Elle accompagna toute mon enfance et vit naître mes premiers textes. 

Poèmes, pièces de théâtre, histoires, historiettes, dialogues ou même monologue occupait mon esprit et y faisait vivre mille personnages. J’avais donc un dialogue intérieur riche qui contrastait avec le peu de relations sociales que j’étais capable d’entretenir. Cependant je n’abandonnais pas et souhaitais ardemment partir à la rencontre de tous ces autres que la vie mettait sur mon chemin. 


A 11 ans, je rencontrais le théâtre et m’enthousiasmais pour cet art qui me permettait de savoir ce que j’allais dire et à qui, d’emprunter les mots des autres pour dire mon sentiment.  J’avais les mots en bouche comme on goûte un bon vin. Je les mâchais et les remâchais jusqu’à en tirer tout le suc. J’entrais dans les textes comme on entre en religion avec un profond respect et un immense espoir. 

Mais à 17 ans, alors qu’il était temps de choisir un métier, je ne m’engageais pas dans une carrière de comédienne, comme mon professeur m’y poussait. Je ne renonçais cependant pas à faire vivre les mots des autres. Je n’ abandonnais pas mon goût d’incarner des personnages. J’évitais seulement d’entrer dans un monde où il me faudrait être sans cesse désirée. Je serais trop à vue, je le sentais bien. 


Un autre rêve m’effleure alors. Devenir orthophoniste, travailler avec les enfants sourds, apprendre la langue des signes. Parler avec les mains. C’est cela. Parler sans émettre un son ma fascine totalement. Le langage devient danse. Une danse qui permet au visage l’expression marquée des sentiments. Je regarde les personnes sourdes échanger. Je suis happée par cette danse des mains et je remarque les expressions marquées du visage qui viennent ajouter à la danse la couleur des sentiments. Je passe le concours d’orthophonie avec, chevillé au corps, ce désir de parler cette langue et de la danser, de l’apprendre à des enfants jeunes, de les ouvrir ainsi au monde du langage, un langage qui réclame le regard. Mais, ce concours bien trop difficile pour moi au sortir du baccalauréat, m’amène à prendre un autre chemin. Je constate que les étudiants en orthophonie ont pour la plupart étudié la psychologie durant deux années avant d’entrer en école. J’entre donc à l’université. J’y rencontre des étudiants sourds et je les observe. Ils se regroupent et passent leur temps libres à échanger en langue des signes. 


Parallèlement, je découvre la psychanalyse. Un monde s’ouvre à moi. Les mots, toujours les mots. Les signifiants , les signifiés, disent les linguistes et les psychanalystes. Je comprends le pouvoir des mots. Tout s’éclaire. Il y a les mots qui nous ont précédés, ceux qui nous ont accompagnés, ceux qui nous qualifient, ceux qui nous déterminent, ceux qui nous font peur, ceux qui nous font rire et ceux qui nous font pleurer. 

« Tout est langage » disait Dolto, « L’inconscient est structuré comme un langage », martelait Lacan. Voilà ce que je cherchais, ce que savais. Je compris que la psychanalyse pouvait guérir par les mots, ceux prononcés et ceux entendus. Je percevais dans les écrits des psychanalystes la poésie qui s’en dégageait. La polysémie du signifiant me ravissait. Je décidais de m’orienter vers ce métier qui pouvait guérir avec les mots. Je projetais de devenir psychologue, peut-être psychanalyste et de travailler avec les enfants sourds. Je commençais à apprendre la langue des signes. Je perçus toute la difficulté de l’apprentissage d’une langue. je me sentis comme un petit enfant qui tente d’assembler ses pensées en allant chercher le mot qui pourra dire. 


Ma jeunesse fut ainsi marqué par un fort désir d’entrer dans un nouveau monde, un monde où les mots peuvent soigner, un monde où le corps parle, où les univers se croisent et se rencontrent , où les mots des uns rencontrent les mots des autres. 

Je ne quittais pas le théâtre, je ne quittais pas la lecture, ni l’écriture, mais j’épousais une carrière où je pourrais écouter les mots des autres. Tous les mots, les plus intimes, ceux qui les ont fondés, ceux qui les hantent. 

Je partis à la recherche de mes propres mots. 


Voilà vingt ans que je vis au milieux de tous ces mots. Me voilà psychologue et psychanalyste. La vie ne m’a pas permis de travailler auprès des enfants sourds. Les institutions étaient rares et les psychologues bien installés. La réussite à un concours me conduisit à travailler pendant plus de dix ans auprès d’adolescents ayant commis de multiples méfaits et suivis par un juge des enfants. Ces enfants pensaient et expérimentaient le monde par leur corps. Peu de mots. Il fallait les arracher. Pour leur bien, pensais-je. 

Parler des actes. C’est toujours ainsi que cela commençait. Vol, violence… Ils racontaient. Et de parole en parole, ils en venaient à parler d’eux, des leur parents, de leur histoire, de leurs rêves, de leurs colères. Beaucoup de colère, beaucoup de tristesse et quelques rêves. Ils découvraient les mots, s’étonnait de tant parler. Ils étaient aspirés pour certain par un nouveau monde où les mots pouvaient les aider à se rencontrer eux-mêmes. De grands gaillards venaient déposer dans mon petit bureau leurs premiers émois, leurs peines les plus enfouis, leur révolte. 


Après dix ans de cette fréquentations assidue des maux adolescents, je m’en allais vers d’autres cieux et tentais l’aventure d’un cabinet en libéral. Un monde nouveau s’ouvrait à moi. Je rencontrais des adultes tout venant qui ressentaient le besoin de venir déposer une parole en un lieu qui pourrait la recevoir. Je fus l’oreille, le réceptacle de ces témoignages qui venaient conter l’histoire de familles sur plusieurs générations. Les femmes, les hommes, les enfants, les enfants des enfants, tous ces êtres se rencontraient, s’aimaient, se détestaient, s’attiraient, se repoussaient. Ils étaient là avec nous, les mots leur redonnaient vie de semaine en semaine ils existaient. 

Des vies. Tant de complexité, tant de diversité. Je retrouvais ces histoires qui me fascinaient tant enfant. Ces histoires que l’on pouvait inventer, ces histoires à raconter et ces histoires à rêver. 

On me racontait des histoires. Je mettais de l’ordre et du sens dans ces histoires en ajoutant mes mots aux mots des autres. 


Et aujourd’hui je raconte, témoigne de ce qu’est une vie humaine lorsqu’elle s’entremêle à la vie des autres. Recueillir la parole et la transmettre. Ecrire.